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WorldSpeak : Résumé de la conférence de l’Association canadienne de l’industrie de la langue

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By Claudia

La semaine dernière, j’ai eu le plaisir d’assister à la conférence WorldSpeak, organisée par l’Association canadienne de l’industrie de la langue (ACIL). Cet événement a réuni des professionnel·le·s et des expert·e·s du monde de la traduction pour discuter de la situation actuelle et des perspectives d’avenir de ce secteur d’activité. La conférence comprenait des présentations de plusieurs organismes tels que le Bureau de la traduction, memoQ et Alexa Translations A.I., ainsi que trois débats de spécialistes très intéressants avec plusieurs chefs de file du secteur :

  • Renato Beninatto, cofondateur, conseiller et PDG de Nimdzi Insights et copropriétaire de MultiLingual Media
  • Jean-François Lymburner, président-directeur général du Bureau de la traduction, gouvernement du Canada
  • Betty Cohen, présidente de l’OTTIAQ
  • Nazanin Azari, directrice des opérations de Groupe de traductions des NATIONS
  • Elisa Schaeffer, professeure agrégée à l’Université McGill
  • David Lyons, associé principal, Services-conseils de la BDC

Voici un résumé de ces discussions soulignant les idées les plus pertinentes.

L’avenir de l’enseignement de la traduction à l’ère des progrès technologiques

L’un des sujets les plus intéressants était l’avenir de la formation dans le domaine de la traduction face à l’essor de l’intelligence artificielle (IA) et des grands modèles de langage (GML). Les jeunes étant de moins en moins nombreux à vouloir étudier en traduction par crainte que l’IA ne remplace l’humain ou que le monde universitaire ne s’aligne pas sur les besoins du monde professionnel, il est essentiel que les établissements d’enseignement réévaluent et adaptent leurs programmes d’études. Ils doivent aller au-delà de l’enseignement des langues et intégrer la formation aux outils technologiques avancés, qui deviennent de plus en plus indispensables dans le domaine professionnel. Cette adaptation permettra non seulement de mieux préparer les étudiant·e·s au marché du travail actuel, mais aussi de leur donner tous les outils nécessaires pour relever les futurs défis d’un secteur en pleine évolution.

Les besoins sociaux sont le moteur de la traduction : La résilience du secteur en période de crise

La traduction est devenue une nécessité sociale indispensable, cruciale pour la diffusion de contenus parmi les cultures et l’inclusion des minorités. Dans les pays bilingues comme le Canada, la demande de services de traduction est particulièrement prononcée en raison des mandats législatifs. De même, aux États-Unis d’Amérique, les vagues de migration ont fait exploser les besoins en traduction dans des langues telles que l’espagnol et l’arabe. Le Canada connaît également une augmentation des demandes de traduction dans les langues autochtones et la langue des signes. Pourtant, la rareté des linguistes compétent·e·s dans ces langues constitue une grande opportunité sur le marché.

Renato Beninatto a fait remarquer avec perspicacité que « lorsque les temps sont favorables, nous traduisons les contrats; en cas de crise, nous traduisons des procès », soulignant ainsi la résilience et la capacité d’adaptation du secteur. Cette résilience souligne le rôle essentiel que joue la traduction dans l’inclusion sociale, en particulier dans le secteur des soins de santé, démontrant ainsi sa valeur durable indépendamment du climat économique mondial.

Intégrer l’IA dans la profession de prestataire de services de traduction

Actuellement, les prestataires de services linguistiques et des organismes comme le Bureau de la traduction du Canada intègrent l’IA dans leurs flux de travail afin de rationaliser les tâches répétitives et administratives. Ces technologies permettent d’assigner automatiquement des projets, de planifier des étapes, d’envoyer des notifications automatiques et de générer des communications (agents conversationnels, courriels, etc.). Cependant, bien que ces automatisations soient très bénéfiques, elles ne gèrent que des processus complètement linéaires et standard, ce qui n’est pas toujours le cas dans le secteur de la traduction. L’intervention humaine reste donc nécessaire pour adapter les processus en fonction des caractéristiques de chaque tâche.

Nazanin Azari a fait une analogie intéressante en comparant l’IA à un bébé qui grandit et apprend tout seul, tandis que les humains jouent le rôle de parents, en fournissant des conseils et en établissant une structure pour élever un enfant bien éduqué. Mme Azari a également souligné l’importance de documenter les processus et les fonctions en détail, encourageant les créateur·rice·s d’outils à en tenir compte, car cela permettra une adaptation plus facile à l’avenir.

L’impact environnemental de l’IA

La question de l’impact de l’IA sur l’environnement a également été abordée. Elisa Schaeffer a appelé à une plus grande prise de conscience des ressources naturelles nécessaires au fonctionnement de ces systèmes informatiques massifs. La discussion a porté sur des prévisions visant à rendre l’utilisation de l’IA plus durable, telles que le développement et la démocratisation de modèles de langage plus petits et mieux personnalisés, et la mise en œuvre de réglementations visant à quantifier l’empreinte carbone des grands modèles de langage.

Paysage économique du secteur de la traduction au Canada : Tendances et prévisions

David Lyons a partagé des données intéressantes sur le paysage économique du secteur de la traduction au Canada, indiquant une prévision de croissance de 6 % par an au cours des cinq prochaines années. Il a également évoqué la situation démographique du Canada, où l’on prévoit que dans les dix prochaines années 20 % de la population sera à la retraite, ce qui créera une pénurie de main-d’œuvre. Pour le secteur de la traduction, l’augmentation de la création de contenu et la prolifération des plateformes de médias sociaux promettent une croissance du marché.

 Au cours du débat, Renato Beninatto a fait part de ses réflexions sur la qualité de la traduction. Selon lui, la qualité ne devrait pas être un sujet de discussion mais une norme obligatoire. Selon lui, toutes les entreprises du secteur devraient proposer des traductions de haute qualité, et cela ne devrait donc pas être utilisé comme un facteur de différenciation concurrentielle. « La qualité ne se fait remarquer que lorsqu’elle est mauvaise », a-t-il souligné. Selon lui, les prestataires de services linguistiques devraient concentrer leurs efforts sur la mise en œuvre des meilleures pratiques, l’amélioration des services et l’optimisation des prix. Il a conclu en disant : « Si vous connaissez votre valeur, vous pouvez négocier. »

Conclusion

Le secteur de la traduction connaît une période de transformation fascinante. Les technologies de rupture ne remettent pas seulement en question la façon dont les prestataires de services linguistiques et les pigistes travaillent, mais elles nous poussent également à nous adapter et à évoluer, en recherchant continuellement des moyens innovants et efficaces de répondre aux besoins de notre clientèle. L’objectif premier de la traduction est de faciliter une communication globale efficace dans tous les secteurs d’activité. Dans ce contexte, il est essentiel de reconnaître que si l’intelligence artificielle ne remplace pas les professionnel·le·s de la traduction, ceux et celles qui adopteront et maîtriseront les outils d’IA ouvriront certainement la voie. Je tiens également à remercier l’ACIL de fournir un excellent espace favorisant la tenue de toutes ces discussions importantes ainsi que le partage des perspectives du secteur.

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